Une fin de mandat repoussée, et un nouveau métier aux côtés des sans abris

Le report du second tour, voire la reprogrammation des élections, entraîne des conséquences pour celles et ceux qui ne se voient pas en « professionnels de la politique » et avaient prévu leur retour à la vie professionnelle. Après avoir exercé son mandat « à 100% », Lise Daleux retrouve son métier de travailleuse sociale, mais cette fois au bénéfice des migrants et sans abris, en pleine crise du COVID19.

Elections le 15 mars, confinement le 17 mars : comment se passe cette transition pour toi ?

Le dimanche 15 mars, le bureau de vote que je tiens habituellement est sorti premier bureau de Bois Blancs pour le vote écolo. Cela a toujours été un bon bureau, en particulier pour les élections locales et cela s’est concrétisé pour ces élections – ce qui me semble confirmer que Bois Blancs est un enjeu comme l’est St Sauveur sur le quartier Centre, avec ces problématiques de densité, de gros enjeux, et une population qui nous attend très fortement sur ces questions. Au global, les votants étaient assez nombreux. Comme tout le monde, je me suis interrogée sur la pertinence de tenir ce premier tour, mais je ne voulais pas me dérober. La transition a été d’autant plus contrastée que je suis dans le même temps passée d’une vie politique à une nouvelle vie professionnelle. En prévision, j’avais démarré une activité dans un accueil social de jour le 1er mars. C’est un accueil de jour, avec beaucoup d’activités. J’interviens en tant que travailleuse sociale, affectée à l’accueil de jour, c’est-à-dire au traitement des besoins des migrants, des personnes à la rue, tandis que d’autres sont affectés à l’intégration. Au quotidien, je me retrouve en plein Wazemmes, un quartier qui vit – normalement – beaucoup, aujourd’hui métamorphosé. J’ai donc littéralement basculé dans ce confinement – avec tout son cortège de changements à mettre en place, et à intégrer.

Quels sont les impacts du COVID19 sur vos activités ?

Il nous a fallu trouver une configuration différente pour pouvoir maintenir l’accueil du jour, mettre en place un nouveau protocole, de nouvelles manières d’accueillir. Depuis le début, le centre d’accueil ne désemplit pas. Pourtant, nous travaillons toujours activement avec le 115, on a pu trouver des chambres d’hôtels ou des places à l’auberge de jeunesse pour pas mal de gens. Mais demeure tout un public « habituel » de personnes qui restent à la rue, qui viennent chaque jour pour prendre un café, et aussi beaucoup de gens complètement paumés car la majorité des organismes sont difficiles, voire impossibles à joindre, notamment parce que le téléphone est indispensable pour établir le contact, parce qu’il n’y a plus d’accès physique possible : tout est réorganisé et actif, mais le contact est beaucoup plus difficile. Il y a notamment beaucoup de gens sortis de prison plus tôt que prévu, mais qui n’ont pas la possibilité de faire la moindre démarche, pour qui il est nécessaire de recréer une domiciliation avant toute chose. Ce n’est pas tant que c’est pire pendant la pandémie, c’est surtout qu’il n’y a plus de guichets, tous les repères ont disparu : on rajoute de la perturbation dans des parcours de vie qui sont déjà perturbés.

Cela fait un grand nombre de problématiques à traiter chaque jour. Tout ça avec beaucoup de contraintes, de protocoles,. L’ensemble des accueils de jours, les CAARUDS (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues) , globalement tous sont mobilisés, mais chacun a du modifier ses modes de faire. L’avantage de ma structure est d’être une petite structure, nous avons donc plus de facilité à nous adapter. Cette crise va nous obliger tous  à réinterroger nos modes de faire, l’accueil, la manière dont on considère ces personnes, ces migrants, mais aussi ces personnes qui s’en sortaient jusqu’ici à peu près et qui désormais ne s’en sortent plus. 

Lise Daleux

Qui sont les personnes que vous aidez ?

Des personnes pour qui il a suffit d’un virus pour les plonger dans la plus grande précarité. C’est une réflexion qu’il nous faudra mener quand nous serons tous plus sereins – mais pour l’instant c est l’urgence qui nous guide .Chaque journée est différente, parfois cela se passe bien, d’autres fois on court partout sans réussir à traiter toutes ces petites problématiques qui constituent autant d’obstacles à vivre plus ou moins dignement.

C’est difficile, et passionnant en même temps. Parmi les migrants, ils viennent de partout, Afrique noire, Syrie, mais aussi Algérie… Certains ont mis cinq ans à arriver, d’autres ont mis beaucoup moins de temps. Au global, ils viennent tous chercher une capacité à survivre. Il y a beaucoup de personnes hébergées, chez des connaissances, dans un équilibre fragile, qui ont peur d’abuser de l’hospitalité, viennent donc prendre leur douche chez nous. D’autres sont en renouvellement de carte de séjour, avec une échéance fin mars, qui ne peuvent donc plus se présenter à un travail, sans compter le fait que le travail s’est considérablement raréfié, même si cela reprend progressivement.

La situation « pandémie » est particulièrement compliquée pour toutes ces personnes. 

A la fin de ta journée, que retiens-tu ?

Je suis assistante sociale de métier, j’ai travaillé au PACT (aujourd’hui Soliha), donc je suis habituée à des personnes en grande précarité, en souffrance morale ou avec des difficultés financières. Là, c’est encore autre chose et il me reste beaucoup de choses à apprendre. Ce qui me semble évident, c’est qu’il n’y a jamais de réponse entièrement satisfaisante. C’est quelque chose qui est évalué chaque trimestre, avec une supervision globale. Parfois, on a la satisfaction de voir des situations où la personne se remet d’elle même dans une dynamique de mise en lien, qu’il soit social, professionnel, économique.

Ce que l’on est en mesure d’assurer complètement, ce sont les démarches administratives, des personnes qui arrivent à nouveau à accéder à la CMU, ou encore des inscriptions à la CAF et des prestations qui reprennent, on a pu fournir des téléphones grâce à Emmaüs Connect – le téléphone étant indispensable pour contacter au jour le jour le 115. Ceux que nous voyions au début du confinement, globalement, sont hébergés, mais nous voyons de nouvelles personnes arriver tous les jours. Nous avons aussi des personnes qui sont envoyées dans des hôtels et qui n’y restent pas tant leurs repères sont perturbés – Elles sont en grande fragilité souvent tres seules avec pour certaines des problèmes de dépendances à l’alcool et/ou la drogue. Au global, il n’y jamais assez d’hébergement, mais dès le moment où les chambres ont été trouvées, la mobilisation du 115, de l’Armée du Salut étaient au rendez-vous.

Enfin, ton mandat est prolongé, contre toute attente. Comment gères-tu ta double vie ?

Je garde contact avec les services, une relation régulière avec. Les liens avec les partenaires, les associations sont maintenus, pour prendre des décisions partagées. Il y a un comité technique en amont, qui permet de discuter et de proposer c’est ainsi que nous avons pu ré-ouvrir les jardins familiaux, nous travaillons actuellement sur la reprise du pâturage, de la réouverture de la ferme on a entamé un suivi de la situation du Jardin écologique suite à l’incendie, le rucher école a pu reprendre par visioconférence. Pour le plan canicule, nous en sommes à une ébauche de ce qui est en phase d’élaboration, en nous appuyant sur celui de l’été 2019 qu’il nous faut encore renforcer dans la perspective d’un confinement doublé d’une canicule. Nous avions pu dès l’été dernier réhabiliter des points d’eau, établir une cartographie des îlots de fraîcheur… des actions de première urgence. Pour cet été et dans le contexte de l’épidémie, Je porte en particulier l’idée d’une réouverture, dès que possible, des parcs et jardins, en prenant les précautions nécessaires pour éviter les contacts et favoriser les gestes barrières.

Pour en savoir plus sur Lise, consultez son profil de candidate : https://www.lilleverte2020.fr/nos-candidats/lise-daleux/

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