Pauline Juif, confinée !

De l’entraide dans la gestion du COVID : l’exemple d’une grande surface

Les métiers indispensables, sans lesquels il nous serait aujourd’hui impossible de nous nourrir, de nous soigner, sont aujourd’hui à l’honneur. Sans que pour autant, nous en sachions réellement plus sur le quotidien de ces personnes, ou sur la manière dont elles ont vécu aux premières lignes, le début du confinement et de la crise sanitaire. On en apprend un peu plus avec Pauline Juif, colistière de Lille Verte 2020, qui est étudiante la semaine et salariée le week-end en grande surface.

Tu fais partie de ceux dont l’on dit maintenant qu’ils sont en « première ligne ». Comment ça se passe ?

Je suis étudiante, actuellement en stage – en télétravail – la semaine, et le week end je travaille dans une grande surface, en contrat étudiant, en faisant 12h tous les weeks ends, le samedi et avant le dimanche également. Étant en Master, cela se cumule plutôt bien avec un volume de cours modéré, une vingtaine d’heures par semaine – sans compter le travail personnel.

D’habitude, mon rôle est d’encaisser tout ce qui relève de la billetterie, de la loterie, ou du point presse. Mais depuis le confinement, les collègues qui normalement ne travaillent que la semaine doivent compenser les heures non faites en semaine le Week End, car les horaires d’ouverture ont été réduits, sans ouverture le dimanche, et une fermeture tous les soirs à 19h. En conséquence, je me retrouve ballotée au drive, en rayon pour faire des audits prix, selon les besoins. C’est d’ailleurs surtout au drive que nous sommes sollicités car il y a beaucoup plus de sollicitations que d’habitude.

Comment as-tu vécu cette transition ?

La période d’adaptation a été assez compliquée : comme je suis étudiante, mon cas n’a pas été envisagé tout de suite. Mais mon supérieur a réussi à trouver des solutions pour que je puisse continuer mon job. Au global, avec le recul, les choses se sont plutôt bien passées. Le directeur du magasin aide quotidiennement, notamment au Drive, et il faut noter qu’ici il n’y a pas eu besoin de mobiliser les syndicats pour garantir de bonnes conditions de travail, mais c’est d’ailleurs rarement le cas dans ce magasin. Pour avoir travaillé dans une autre enseigne, le fait que ce soit ici une franchise se traduit par un climat très différent.

S’agissant des masques, ce sont d’abord les clients qui nous les ont fourni : des masques en tissu, des visières en plastique. Le magasin nous a seulement fourni du gel hydroalcoolique, la 2ème semaine du confinement. Des vitres en plexiglas ont été installées autour des caisses. Dans mon cas, mon comptoir n’est pas situé à l’intérieur du magasin, donc il y a peu de contact direct avec le client. J’ai bénéficié d’une formation express au drive, que je ne connaissais pas, mais il ne semble pas y avoir de grosses adaptations hormis le fait que nous ne chargeons plus les courses dans le coffre – et le volume de commandes qui a augmenté de 125%.

La 2ᵉ semaine du confinement. Des vitres en plexiglas ont été installées autour des caisses

Et s’agissant de tes collègues, qui sont en plus en interaction avec les clients ?

De mon côté, je ne suis présente que le week end, je suis peu exposée, donc j’ai peu de facteurs de stress. Par contre mes collègues témoignent beaucoup de stress, de fatigue, ou encore d’attitudes agressives de clients, encore aujourd’hui malgré cette « mise à l’honneur » que l’on voit ou entend un peu partout. Y compris entre clients, on voit pas mal d’agressivité, souvent parce que certains ne respectent pas les mesures de sécurité, de distance. S’agissant des caissières – je dis caissières car bien sûr il n’y a pas de caissiers – elles sont plus fatiguées, ce qui peut générer plus d’erreurs, et peu de clients comprennent ce poids supplémentaire qui leur pèse dessus – donc on voit beaucoup d’impatience dans les comportements. Il y en a aussi qui sont peu respectueux des mesures : certains viennent plusieurs fois par jour, y compris pour des jeux à gratter.

La peur qui pèse le plus sur le moral est que la majorité des caissières sont des mamans, qui craignent fortement de contaminer leurs enfants. Beaucoup (près de 15%) se sont mises en arrêt maladie, pour pouvoir s’occuper de leurs enfants, mais aussi éviter ce risque de contamination. Ce que j’observe, c’est que les gestes barrières sont très bien respectés, avec toute la séquence lavage de mains, port du masque…

Qu’est-ce qui te frappe au quotidien ?

Très souvent il y a une file d’attente de près d’une heure à l’extérieur du magasin. Par ailleurs, si il y a trop de monde à la porte à une heure de la fermeture, il est mis fin au filtrage, tout le monde peut rentrer sans limitation de nombre. Il y a du pour et du contre, dans la gestion de cette crise : il y a par ailleurs une grande opération mise en place pour valoriser les produits français, en soutien en particulier à l’agriculture française.

Tu es aussi étudiante, sais-tu comment la situation évolue pour les étudiants en chambre universitaire ?

Beaucoup d’étudiants n’ont pas pu rentrer chez eux et sont donc aujourd’hui encore dans des chambres universitaires exigüe. Ils s’en sortent comme ils peuvent, mais beaucoup restent très isolés. Le soutien s’est fortement mis en place, avec des vidéos mises à disposition, une hotline. Récemment, un fonds de solidarité a été développé par le CROUS pour pouvoir ensuite aider ceux qui en ont le plus besoin. Globalement, on peut espérer que leur situation continuera d’évoluer dans le bon sens, même si ça reste difficile.

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