Éducateur en pleine crise du COVID19 : immersion dans les foyers de l’Action Sociale à l’Enfance

L’aide sociale à l’enfance couvre nombre de besoins et le besoin en éducateurs spécialisés ne s’est pas amoindri avec le COVID19… avec parfois la nécessité de venir en renfort, notamment dans les foyers d’accueil, pour prendre le relai des personnels malades ou à risque. Patrick Petitprez, habituellement intervenant en collège, s’est porté volontaire pour intervenir dans des foyers de la métropole. Une nouvelle facette de son métier qu’il nous détaille dans le contexte de la crise sanitaire. 

Peux-tu revenir en arrière jusqu’au 15 mars ? Tu étais assesseur… 

On est donc le soir des élections, le 15 mars. Personnellement, j’avais eu peur que le premier tour soit annulé. J’avais le sentiment de tout avoir donné dans cette campagne, il fallait aller au bout… Avec le recul, je comprends mieux le point de vue de ceux qui souhaitaient le reporter – même si au niveau du bureau de vote, c’était plutôt bien organisé. Il y avait déjà ce problème sur les masques, les gants, cette consigne de la Mairie relayant le discours médical officiel de ne pas porter de masque dans les bureaux de vote… ce qui a pu, encore une fois avec le recul, être à l’origine de nombre de contaminations. J’avais quitté mon travail la veille, et je n’y suis pas retourné. En temps normal, je suis éducateur spécialisé dans un club de prévention, je prends en charge des collégiens du quartier du Pont de Bois, je passe 25h dans le collège, le reste de mon temps dans le quartier, avec mes collègues et les partenaires. Mon association décide alors le confinement pour les salariés et la mise en place du télétravail. Au début, pas de difficulté particulière, un peu de suivi administratif, des appels téléphoniques à certains jeunes mais sans avoir avec moi tous les contacts. Nous n’avions pas prévu que nous allions quitter nos bureaux pour si longtemps. Au bout d’une semaine, la direction nous sollicite au nom du service départemental de la protection de l’enfance qui recherchait des éducateurs volontaires pour intervenir en renfort dans les foyers de l’Action Sociale Enfance.  

Ce retour à la vie en collectivité, en pleine période de confinement, comment l’as-tu anticipé ? 

Forcément, sur le coup, j’ai un peu hésité, par peur de me contaminer, de contaminer mes proches. Depuis fin mars, je travaille trois jours par semaine, dans deux foyers différents, à Haubourdin et Lomme. Je rejoins d’abord des équipes qui travaillent avec des enfants de 4 à 8 ans : pas de mesure de sécurité, pas de masque, pas de distanciation. Dans le second foyer, tout est désinfecté, des masques sont fournis, les protocoles sont en place. Par contre, on doit tout faire : s’occuper des enfants, gérer le nettoyage, cuisiner, suivre les devoirs. C’est après coup que j’apprends que des membres de l’équipe sont malades du COVID . Et je comprends alors que ce foyer est en quarantaine. Entre temps, j’apprends qu’un ami avec qui j’ai fêté un anniversaire juste avant le confinement est malade, le 29 mars il décède. Je crains donc d’être contaminé, et je me mets en retrait. Une semaine plus tard, n’ayant pas de symptômes, on me demande si je veux rempiler.  Jusqu’au 1er mai, j’ai donc alterné entre deux foyers différents, l’un avec des 4-8 ans, l’autre des 7-10 ans à raison de trois journées par semaine. 

Fresque réalisée par des enfants

En quoi consiste ton engagement ? 

Le quotidien dans ces foyers, c’est une sorte de rituel, avec des jours qui se suivent et se ressemblent beaucoup. Les repas structurent beaucoup le temps, ainsi que le lever, le coucher. Après, ce sont des enfants qui ont des troubles du comportement, un niveau d’attention assez limité. Le plus souvent, quand on lance une activité, il faut penser à la suivante pour la lancer quelques minutes après. Il faut les occuper avec des activités de loisirs, mais sans possibilité de sortir – avec quand même la chance d’avoir un grand jardin. Ce sont des enfants qui sont confinés depuis le début, qui ne peuvent recevoir de visites de leurs familles. Les devoirs, on les reçoit des instituteurs et c’est à nous de les accompagner. La difficulté supplémentaire est que ces enfants avaient jusqu’ici l’habitude de voir toujours les mêmes éducateurs, qui ont été remplacés par des personnes inconnues qu’ils testent. Ces deux dernières semaines, il n’y avait que des remplaçants qui se passent le relai aux différents moments de la journée. 

Quel point de vue as-tu sur le métier d’éducateur en foyer ?  

Il faut avoir beaucoup de capacités d’adaptation, et ne pas craindre de devoir faire la police, les éducateurs doivent gérer des crises, y compris pour des motifs complètement bénins, qui peuvent partir de rien et vraiment dégénérer. La tentation est donc grande d’être très stricts pour ne pas se faire déborder, tout en étant aussi, souvent, très maternants. Je n’avais jamais travaillé en foyer, et il est incontestable que c’est un boulot très difficile. J’ai vécu des moments aussi très chouettes, par exemple le jour où Kyliana est partie sur son vélo sans les petites roues ou les séances de bêchage du jardin avec Ulysse.  J’ai aussi rencontré d’autres bénévoles, Anne, des Clowns de l’espoir, qui venait tous les après-midis animer des ateliers avec sa guitare ou Angélique, ancienne stagiaire, qui vient bénévolement apporter un coup de main .En ce qui concerne la gestion sanitaire, les gestes barrières avec des petits de 4 à 8 ans, qui sont très tactiles, c’est difficile, on doit parfois les séparer, on mange avec eux le midi, et là impossible de garder son masque. Donc on fait au mieux, dans la mesure du possible, mais on ne peut pas tout faire avec des masques et des gants, c’est impossible. 

Et après le 11 ? 

Quant à la suite, je ne sais pas comment ça va se passer. Si le département reste rouge, la rentrée du collège ne se fera peut-être pas le 18. Je n’ai vraiment aucune visibilité de la manière dont cela peut se mettre en place. Mais il y a bien besoin de cette reprise : les retours que j’ai du Quartier Pont de Bois, c’est que les jeunes sont dehors tous les jours. Il y a besoin de garder ce lien que nous avons avec eux, d’accompagner. Je pense que je serai donc amené à reprendre mes activités à partir du 11. Il me faudra donc peut être reprendre le métro, que je n’ai pas pris le 15 mars, parce que je suis allé travailler en vélo. Il sera  difficile, voire impossible, de maintenir des distances de sécurité dans le métro : à la réflexion, je prendrais plutôt le vélo, cela me semble plus raisonnable !

Propos recueillis le 05 mai 2020

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