Dominique Plancke, confiné !

Les associations en première ligne de la solidarité : le Collectif solidarité Roms de Lille Métropole

Les inégalités ont toujours été présentes sur le territoire métropolitain : le COVID19 ne les rend que plus criantes. Alors que la protection de la santé individuelle généralise de nouvelles mesures de précaution pour la majorité des habitants, les manques auxquels d’autres sont confrontés nous renvoie encore davantage à l’urgence de la situation, notamment des Roms qui vivent nombreux dans des camps au sein de la MEL. Nous faisons le tour de la question aujourd’hui avec Dominique Plancke, en 61ème position sur la liste Lille Verte 2020.

A l’annonce des mesures de confinement, des réflexes sanitaires, quelle a été votre première préoccupation ?

Le Collectif solidarité Roms de Lille Métropole, auquel je participe activement depuis 6 ans, s’est mobilisé dès l’annonce de la fermeture des écoles et commerces, en alertant par courriel le Préfet le 17 mars et le Président de la MEL le 20 mars sur les conséquences de la situation pour les familles vivant en bidonvilles : pas d’eau potable sur la majorité des terrains, plus d’écoles (et donc plus de restauration scolaire) pour les enfants, mendicité interdite de fait, fermeture de la frontière empêchant l’accès à l’entreprise belge pour ceux qui font de la ferraille. L’annonce de la fermeture des marchés de plein air a aussi été un coup dur.

Qu’en est-il de l’intervention des pouvoirs publics ?
Nous avons défini comme priorités l’accès à l’eau et l’aide alimentaire. La MEL, sur demande du Préfet, a installé depuis le début du confinement cinq points d’eau : au chemin Napoléon à Hellemmes (pour deux terrains), avenue de Flandre à Wasquehal, à Wattrelos et au Recueil à Villeneuve d’Ascq. Il reste encore de nombreux terrains sans accès à l’eau potable. Le Collectif a acheté 4 cuves de 1000 litres pour les deux terrains de la Poterne dans le Vieux-Lille, remplies par les pompiers, mais dont l’eau n’est pas considérée comme potable. Nous avons été très choqués de lire dans un communiqué du Préfet du Nord que la MEL avait équipé tous les terrains d’un accès à l’eau potable : ce n’est absolument pas la réalité. L’accès à l’eau et encore plus à l’eau potable reste une préoccupation essentielle sur plusieurs terrains (la métropole compte 23 terrains).

Au-delà de l’accès à l’eau, avec les pertes de revenus dûs à la crise, se nourrir est-il aussi devenu une difficulté ?Nous avons lancé un appel à solidarité financière pour apporter des produits alimentaires et des produits d’hygiène en complément de ce que pourrait apporter la DTV de la Sauvegarde du Nord, mandatée par la Préfecture. Près de 80 personnes ont répondu. La Mairie de Villeneuve d’Ascq, sollicitée conjointement par le Collectif citoyen qui portait la liste conduite par Pauline Ségard et par la liste LFI, a aussi répondu positivement en accordant une subvention de 1500 euros à l’association William Penn, qui est la structure associative sur laquelle s’appuie le Collectif Roms. Nous bénéficions de surplus du Secours Populaire de Villeneuve d’Ascq et de Lomme, et nous achetons nous mêmes beaucoup de produits (poulets, bouteilles d’eau, couches, produits d’hygiène, farine de maïs, oeufs, etc.), dont une partie auprès de l’épicerie solidaire du Secours Populaire. Nous avons aussi demandé un agrément auprès de la banque alimentaire pour pouvoir obtenir des colis alimentaires pour 7 foyers isolés, et obtenu des tickets-service de le Fondation Abbé Pierre.


Manifestation en ligne pour revendiquer l’accès à l’eau !

Comment s’organisent les bénévoles en ces temps particuliers ?
Nous nous déplaçons avec une attestation quotidienne où nous cochons la case assistance à personnes vulnérables. Nous avons distribué des dizaines de formulaire (certains bilingues) aux adultes vivant en bidonville. La DTV l’a fait aussi. 4 personnes habitant à Villeneuve d’Ascq ont été verbalisées. Nous sommes ainsi une quinzaine à nous rendre sur les bidonvilles et squats. Un petit groupe s’occupe spécifiquement des terrains de Villeneuve d’Ascq, quelques personnes n’accompagnent qu’une ou deux familles. Frédéric Béague, Président de l’association William Penn, assume un énorme travail d’enregistrement des dons, d’établissement des reçus fiscaux et de tenue de la comptabilité des achats. Personnellement, je suis allé sur les terrains presque tous les jours depuis le 17 mars, je fais aussi certains achats et je fais le lien au niveau national avec le CNDH Romeurope dont je suis membre du CA.

Un mois après le début du confinement, quel bilan du point de vue de l’épidémie ?
Il est difficile, voire presque impossible, de respecter les gestes barrières quand on est confiné sur un petit espace dans des caravanes et dans des cabanes. Nous avons diffusé les vidéos en roumain proposées par Romeurope sur l’épidémie, sur le confinement et sur les gestes barrières. Pour l’instant, seules deux personnes vivant en bidonville ont été hospitalisées, fin mars, sans que de nouveaux cas se déclarent depuis.

De notre côté nous nous sommes équipés tant bien que mal en gel hydroalcoolique, et gants, masques. Plusieurs personnes nous ont aussi proposé des masques en tissu. Nous préparons déjà le moment où nous devrons distribuer des masques à tous les habitants des bidonvilles, alors que certains commencent à nous en réclamer. Nous sommes encore dans l’attente sur plusieurs sujets essentiels : le suivi pédagogique pour les enfants, dont la scolarité a été interrompue, mais aussi le suivi médical des habitants. Heureusement Médecins solidarité Lille a repris ses permanences près du CHR.

Mais malheureusement, nous devons aussi poursuivre notre action quotidienne de soutien administratif et juridique auprès des familles qui nous sollicitent. Pendant le confinement, toutes les démarches administratives sont plus difficiles et la distribution d’OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) par la Préfecture ne s’est pas arrêtée. Ce qui signifie que nous devons continuer à assurer des reconduites à la frontière pour récupérer des cartes d’identité, et organiser les recours juridiques suite aux OQTF.

Et pour l’après crise ?

Notre objectif reste l’accès aux droits élémentaires pour tous les habitants des bidonvilles avec des solutions rapides d’hébergement et de logement pour tous ceux qui le souhaitent. Dans l’immédiat nous réclamons toujours que la MEL assume ses compétences en assurant le ramassage des ordures et l’accès à l’eau et à l’hygiène sur tous les bidonvilles.

Pour contribuer financièrement à l’achat de denrées alimentaires et de produits d’hygiène, vous pouvez envoyer un chèque au nom de l’association humanitaire William Penn, 29 avenue des sarcelles, 59160 Capinghem (en précisant que c’est pour l’urgence Covid-19)
https://associationwilliampenndaideauxroms.wordpress.com/

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