Crise du COVID19, des élus sur le terrain

Mises au premier plan de la crise du COVID19, les villes – dont l’agenda est normalement régi par les élections – ont dû s’adapter extrêmement rapidement. Le rôle des élus, également, a évolué pour intégrer l’urgence de la crise et les nouveaux enjeux qui s’imposent désormais à la collectivité. C’est sur le terrain de l’alimentation et de la solidarité que se déroule le quotidien de Michel Ifri, en charge de la restauration scolaire à Lille. Il nous raconte cela en détail après une semaine de visites de terrain et de rencontres marquées par la particularité du contexte.

Comment as-tu vécu le début de la crise, a-t-il été difficile de reprendre tes fonctions ?

Au tout début, dès le premier tour des municipales, j’ai vu des gens apeurés venir voter. Moi-même, j’avais des interrogations fortes sur la tenue de ce premier tour. Le lendemain arrivait l’annonce du confinement, un véritable coup de bambou, avec des informations imprécises, qui se contredisaient les unes les autres.

Puis j’ai expérimenté l’arrivée du confinement, cette vie bouleversée, confinée à la maison – alors que mon quotidien se déroule essentiellement sur le terrain. Comme tout le monde, il a fallu m’adapter, adopter les consignes sanitaires. Ma position d’élu a néanmoins fait que je me suis mis très vite dans le bain. J’ai tout de suite pris attache avec les personnes qui travaillaient dans la cuisine centrale, avec le personnel mobilisé dans les écoles.

Quel est le quotidien des agents mobilisés que tu es amené à rencontrer ?

J’ai visité les lieux à plusieurs reprises, la cuisine centrale qui tourne désormais avec un fonctionnement réduit, une dizaine de personnes au lieu de 50 habituellement. Ce sont essentiellement des gens investis, qui ont fortement conscience de leur rôle et de leur nécessaire implication dans ce processus particulier. Ce sont aussi uniquement des personnes qui s’étaient portées volontaires, sans lesquelles nous n’aurions pu poursuivre la production de repas. Aujourd’hui, je suis heureux que nous n’ayons pas à déplorer de cas de COVID parmi les personnes volontaires, par contre nous avions eu plusieurs personnes clés qui l’ont été, au tout début voire avant même le confinement. Plusieurs personnes ont été touchées dans le service restauration. Je reste très prudent, et vigilant, mais cela semble démontrer que les mesures de précaution prises dans les cuisines fonctionnent, mais c’est à relativiser car cela fonctionne grâce à des petits effectifs, ce qui facilite grandement les mesures d’éloignement, et l’équipement en gants, en masques. Il n’est pas sûr que nous puissions maintenir de telles conditions si nous devions reprendre les activités de la cuisine centrale comme à l’habitude, il nous faudra donc déterminer le juste équilibre entre la nécessité de fournir des repas, en particulier aux enfants des familles les plus durement touchées par la crise, et la nécessité de protéger nos agents.

Cette crise révèle effectivement fortement les inégalités, nous l’avons vu avec plusieurs collistier.e.s de Lille Verte mobilisés sur le terrain. Qu’as-tu constaté en tant qu’élu MEL référent du groupe écologiste pour les Gens du Voyage ?

Depuis le début de ce mandat, je suis à la MEL ce qui se déroule dans les aires d’accueil des gens du voyage. Je fais a priori partie des rares élu.e.s à avoir exercé ce suivi, même à distance. Globalement, on s’est rendus compte que les mesures de confinement sont bien plus difficiles à respecter au sein des aires d’accueil, de par des hébergements contraints, mais aussi lièes aux modes de vie. Il y a donc eu de nombreuses difficultés au début du confinement, d’autant que certaines équipes habituellement mobilisées avaient fait prévaloir leur droit de retrait.

Sur les aires d’accueil de grand passage en particulier, comme à Bondues, ces difficultés ont été d’une toute autre importance, avec des grands barbecues collectifs par exemple, ce qui a nécessité d’intervenir, et surtout d’expliquer que les mesures sanitaires sont dans l’intérêt de leur santé.

La ville a mis en place des colis alimentaire à l’attention des familles, qui ont été distribués pour la première fois la semaine du 20 avril. Comment cela s’est-il passé ?

J’ai pu apporter un soutien à la confection des colis alimentaires, entre 3500 et 4000 colis pour cette première distribution, la prochaine étant prévue dans deux semaines. Des colis variés, sans oublier l’enjeu de permettre de bien manger, une nourriture saine, avec des légumes, des fruits, des salades, du beurre, de la farine… Pour la distribution, nous avions fait un appel à volontaires, avec un nombre important d’agents qui se sont mobilisés, ce qui a permis d’assurer les distributions dans des conditions de sécurité optimales, avec des horaires échelonnés pour éviter toute concentration. Ces visites et présences sur le terrain sont essentielles pour s’assurer que tout se passe bien, qu’il n’y a pas de nécessité de réajuster le tir, que les mesures sanitaires sont suffisantes, bien respectées : nous devons roder nos modes de faire pour que la sécurité sanitaire soit au rendez-vous.

J’ai eu l’occasion de discuter avec quelques unes des personnes bénéficiaires, qui m’ont confirmé les difficultés à nourrir leur famille, avec des enfants présents en permanence à la maison, des repas à préparer plusieurs fois par jour, tout cela s’ajoutant à des conditions de confinement dans une toute petite surface.

Avec tous ces bouleversements, comment les élu.e.s travaillent-ils aujourd’hui ?

La grande question qui s’impose à l’exercice du mandat aujourd’hui est la manière de travailler dans une institution dans laquelle tous les repères de fonctionnement, de gouvernance, sont remis en cause. J’ai rencontré beaucoup de difficultés à être associé et à être destinataire de l’information. Il a été long et difficile de repenser une organisation à même de faire face à l’urgence, cela commence seulement aujourd’hui à être pleinement opérationnel.

Nous avons désormais un groupe de travail sur les vacances, mis en place la semaine dernière, un autre sur la mise en place des colis alimentaires, et un groupe éducation devrait se mettre en place très prochainement pour préparer le déconfinement – avec une tâche d’ampleur, puisque nous avons l’obligation de définir des orientations sans avoir d’annonces claires du gouvernement. C’est un sacré défi. Compte tenu des prescriptions du Conseil Scientifique, cela représente beaucoup d’enjeux pour être en mesure de fournir les repas aux écoles.

Et à titre plus personnel, comment vis-tu le confinement ?

J’ai dû renoncer à une grande partie de ma pratique sportive, la réorienter, avec de la gymnastique en intérieur – ou dans mon jardin, je fais partie des chanceux – du vélo d’appartement. Je lis plus que d’habitude, je profite de la période pour faire du rangement, écouter de la musique, mais aussi me mettre au jardinage, préparer des semis, des plants… cela a permis de démarrer un échange de plants, à l’échelle de ma rue, qui n’existait pas auparavant. Point très positif, je parle aujourd’hui beaucoup plus avec les personnes que je croise dans la rue, les passants sont beaucoup plus ouverts à la conversation, ou ont plus le temps. Assez curieusement, on expérimente une société plus ouverte sur l’autre, avec plus de lien social, il y a moins d’anonymes. Cela ouvre beaucoup d’espoirs pour la suite.

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